Rendre la photosynthèse sacrée

Article de Alain Vaillant parru dans le bulletin le bulletin de Nord Nature Environnement :N° 151, juin 2013

 

Les débats sur la transition énergétique sont déjà bien avancés et l’on n’a pas encore répondu à la question préliminaire : une transition énergétique pour aller où ? En effet, dans ces débats sont sous entendus le passage aux énergies renouvelables et compte tenu de la difficulté de ce changement, il faudra développer la sobriété et l’efficacité énergétiques . Déjà dans l’établissement des Schémas Régionaux Climat Air Energie (SRCAE) le lobby des marchands d’énergie avait empêché qu’y soient inscrites les caractéristiques quantitatives de l’énergie solaire qui arrive sur ces régions. La raison en est simple, même dans la région la plus septentrionale de l’Hexagone, le Nord Pas de Calais, la quantité d’énergie qui arrive, au sol, durant une journée d’ensoleillement moyen, est supérieure à la quantité d’électricité fabriquée à la centrale nucléaire de Gravelines durant un an. Cette donnée scientifique est en fait révolutionnaire car c’est à partir d’exemples de ce type que les Français vont comprendre qu’avec l’énergie solaire en flux (c.à.d. celle qui nous arrive au quotidien) on a des perspectives d’autonomie et d’indépendance par rapport à ces marchands . Cet article a pour objet de regarder d’un peu plus près une société où l’essentiel de l’énergie consommée vient de l’énergie solaire en flux … c'est-à-dire ce qui doit être « la cible » de la transition énergétique.

1) Aspects économiques de l’énergie solaire en flux

1.1) Changement de la propriété foncière (c.à.d. propriété du sol) :
Actuellement, si l’on est propriétaire d’un terrain, on peut y cultiver des plantes, y construire son habitation, créer une entreprise, …. . Par contre, on n’est pas propriétaire du sous-sol (charbon, pétrole, gaz, sources chaudes, …). Et cela va continuer.
A partir du soleil qui arrive au quotidien sur ce terrain , on peut, moyennant quelques investissements, devenir autonome pour sa consommation d’électricité , de chaleur … voire vendre de l’énergie à ses voisins. Ce changement met en péril les profits considérables des, actuels, marchands d’énergie. Ceux-ci essayent de maintenir leur position économique à travers des projets comme ITER.

1.2) Temps de retour d’un investissement :
• Exemple actuel : une fois qu’on a acheté un chauffe-eau au gaz ou à l’électricité ou… , on doit acheter l’énergie jusqu’à la fin de vie du chauffe- eau. Ensuite, on rachète un chauffe-au puis on achète à nouveau de l’énergie …
• En achetant un chauffe-eau solaire, l’énergie qu’on n’achète pas rembourse petit à petit l’investissement. On appelle temps de retour de l’investissement le temps au bout duquel les économies réalisées en n’achetant pas l’électricité compensent le prix d’achat. Si le temps de retour de cet investissement est inférieur ou égal à la durée de vie de l’objet, on n’a, au moins, rien dépensé, c'est-à-dire qu’on a bénéficié d’eau chaude gratuite. Pour un chauffe-eau solaire, ce temps se situe entre 5 et 15 ans, suivant son implantation, l’utilisation qu’on en fait, … . L’augmentation prévisible du prix des énergies fossiles, raccourcira encore ce délai. Ensuite, on fait du bénéfice jusqu’à ce que le chauffe-eau solaire soit définitivement en panne.
• Ce phénomène est général pour toutes les installations qui permettent d’utiliser l’énergie solaire en flux : photovoltaïque, éolien, solaire thermique, hydraulique, …. Au bout d’un certain temps, l’investissement est remboursé par l’énergie qu’on n’a pas dû acheter, et ensuite, on gagne de l’argent et on peut recommencer.
• Ce qui est important, c’est la différence entre la durée de vie de l’installation et son temps de retour en tant qu’investissement. Par exemple, pour le photovoltaïque, le temps de retour de l’investissement se situe entre 7 et 13 ans suivant l’exposition … . Et, des cellules photovoltaïques de bonne qualité ont une espérance de vie de 25 à 35 ans.

1.3) Importations :
En 2011, la France a importé de l’énergie (pétrole, gaz, uranium …) pour un coût total de 60 milliards d’euros. Cette dépense est « à fonds perdus », c'est-à-dire sans retour d’investissement. En 2012 il a fallu dépenser à nouveau la même somme sans retour. En 2013 nous dépensons sans retour … ou presque, alors que nous sommes submergés d’énergie solaire qui arrive sur les surfaces artificialisées et dont nous ne faisons pratiquement rien.

1.4) Investissements :
Il est exact que pour produire avec les renouvelables la quantité d’énergie qu’on a achetée en 2011, il faut beaucoup plus que 60 milliards d’euros. Mais l’argent ainsi dépensé serait un investissement avec un temps de retour. Pratiquement, pour que les Français sortent de l’argent de leurs bas de laine, il suffit d’un coup de pouce de l’Etat pour qu’ils fassent une bonne affaire. Plus on commence tôt, plus on arrivera vite au remboursement de cet investissement (par les économies sur l’achat d’énergie) et donc à la possibilité de réinvestir.

2) Les divers rendements :
La quantité d’énergie produite par rapport à la quantité de soleil reçue, est pour la photosynthèse de 0,5% (production de bois, d’agro-carburants, de biomasse, …) alors que pour le photovoltaïque elle est de plus de 10%. Autrement dit, pour obtenir la même quantité d’énergie, il faudra en photovoltaïque 20 fois moins de surface qu’en passant par la photosynthèse. En plus, l’électricité est une forme d’énergie beaucoup plus intéressante que la biomasse.
• Pour le responsable de l’alimentation en énergie des habitants d’un territoire donné il faut qu’il utilise le moins de surface possible, il aura donc tendance à développer le photovoltaïque au sol à la place de cultures ou de milieux naturels (forêts, landes, zones humides, …).
• Pour le propriétaire d’un terrain qui veut être autonome en énergie, voire en vendre à ses voisins, la démarche sera la même : remplacer des lieux à photosynthèse par du photovoltaïque où du solaire thermique.

A cause de ces différences de rendements, on va voir se multiplier les champs de panneaux solaires au détriment des plantes vertes . Or, la photosynthèse est le mécanisme fondamental par lequel les plantes utilisent l’énergie solaire pour se développer. Historiquement, la faune, y compris l’homme, n’a pu naître, se développer et survivre que grâce aux plantes vertes.
Par anticipation, il faudrait sacraliser la photosynthèse au sens laïque du mot : « qui doit inspirer une vénération inviolable ».


Champ où les cultures ont été remplacées par des panneaux photovoltaïques sur une superficie de 4 ha.

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