L’énergie solaire,
une gratuité confisquée

Les § 1 et 2 reprennent le contenu de la revue "Le Soleil, notre énergie". Si vous en avez connaissance, sautez au § 3

1) Un peu de « science et technique » :
1.1) La place du soleil :
Via la photosynthèse, le soleil a été la source d’énergie qui a permis à la vie de naitre sur Terre, puis de s’y maintenir. C’est ce qui a créé, au carbonifère, les hydrocarbures. Le cycle de l’eau, dépend du soleil : il assure l’évaporation. L’énergie hydraulique apparait ainsi de l’énergie solaire indirecte. Les nuages ainsi formés qui masquent le soleil provoquent une grande partie des vents. L’énergie éolienne est donc aussi de l’énergie solaire indirecte. Plus globalement, les seules sources d’énergie qui ne dépendent pas de l’énergie solaire sont la géothermie, l’énergie marémotrice et le nucléaire. Actuellement, plus de 80% de l’énergie que l’on utilise vient de l’énergie solaire
1.2) Les quantités d’énergie solaire qui nous arrivent :
En France métropolitaine, il arrive en moyenne sur 1m² au sol et durant 1 an 1,3 MWh d’énergie solaire. Cela signifie pratiquement que toutes les centrales nucléaires françaises doivent fonctionner (comme actuellement) plus de 4 ans pour produire une quantité d’énergie, sous forme électrique, qui soit égale à celle qui arrive sur l’Hexagone durant une journée d’ensoleillement moyen. C’est colossal. Entre Lille et Marseille, et par mètre carré, l’énergie solaire reçue varie de 1 à 2. Ce n’est pas nul.
1.3) Ce que devient cette énergie :
Pour l’essentiel, ce sont les plantes vertes qui utilisent cette énergie et cette fonction fondamentale doit absolument être préservée : c’est une des bases de notre vie et de sa durée. Pour le reste, l’énergie solaire qui arrive en 1 an sur les surfaces artificialisées de l’Hexagone (bâtiments, routes, parkings, …) représente 35 fois toute l’énergie que l’on y consomme durant la même période2. Tous les jours, systématiquement, nous gaspillons cette énergie !
1.4) les rendements d’utilisation du soleil en flux :
+La production de biomasse (via la photosynthèse) a un rendement inférieur à 1%. Pratiquement, cela signifie que si on coupe un arbre et qu’on le brûle complètement, l’énergie que l’on récupère représente moins de 1% de toute l’énergie solaire qui est arrivée sur cet arbre et ses feuilles durant sa croissance. C’est le même rendement de production pour les agrocarburants.
+ La production d’électricité par panneaux photovoltaïques est actuellement supérieure à 10% par rapport à l’énergie solaire reçue.
+ La récupération de chaleur avec des panneaux solaires thermiques se fait avec un rendement d’environ 40%
1.5) Intermittence de l’énergie solaire :
C’est ce qui est le plus souvent reproché à l’utilisation massive de l’énergie solaire. En particulier pour l’électricité qui se stocke difficilement. Juste un exemple : des ingénieurs ont planché sur ce problème dès les années 60. En effet, à EDF on savait que le nucléaire allait s’implanter en France et qu’un réacteur nucléaire est une machine très inerte . La nuit, on allait produire plus que la consommation des français. Et donc, 2 méthodes ont été mises en place : le tarif variable pour les consommateurs et le stockage nocturne de l’électricité excédentaire. Ce stockage se réalise dans des systèmes de 2 barrages hydrauliques à des altitudes différentes. La nuit, l’électricité nucléaire excédentaire est utilisée pour remonter l’eau du barrage du bas dans celui du haut et, au lever du jour on inverse le système en faisant descendre de l’eau pour produire de l’électricité en bas. Un couple de barrages de ce type a été inauguré, à coté de Moutiers (Savoie) en 1970. Il y a actuellement une dizaine de couples de barrages de ce type en fonctionnement en France qui sont ainsi capables de stocker durant la nuit l’équivalent de toute la production de la centrale nucléaire de Gravelines (6 réacteurs)pour la restituer dans la journée. Il existe d’autres méthodes de gestion de l’intermittence de l’énergie solaire .

2) Notre culture de l’énergie :
J’ai montré que les programmes d’enseignement au Collège et au Lycée font, à une exception près) l’impasse complète sur l’essentiel du contenu du §1, et ceci depuis des dizaines d’années. L’exception est en seconde où, depuis cette année, on parle d’énergie solaire (en SVT). L’absence du soleil comme centre du concept d’énergie est généralisée : dans la rédaction de la loi « Grenelle 2 » comme dans le programme de technologie de classe de 4ème on utilise le mot soleil uniquement pour parler du solaire thermique et photovoltaïque. On se garde bien de parler des caractéristiques globales et quantitatives de l’énergie solaire.

3) Traduction :
Pour le français moyen, l’énergie c’est fondamentalement quelque chose qui s’achète. La chaleur du soleil est bien connue : par tout le monde derrière une vitre, par le couvreur sur une toiture brûlante un après midi d’été, par un maraicher dans sa serre … . Comme ils suivent l’actualité, ils savent que l’on peut chauffer de l’eau ou faire de l’électricité à partir du soleil. Mais, pour eux, le seul « point d’entrée » dans la réalité solaire, c’est l’argent qu’espère le démarcheur qui téléphone le midi pour vendre ces outils solaires.
Alors que, on l’a vu, l’énergie solaire au quotidien est surabondante, gratuite, on peut l’utiliser sans produire de CO2, elle nous est offerte depuis des milliards d’années et, si l’humanité ne fait pas trop de bêtises elle en bénéficiera encore pendant des milliards d’années.
La gratuité de l’énergie solaire nous a été confisquée par les marchands de bois, puis de charbon, de pétrole et enfin de nucléaire. Le signal le plus clair de cette dernière confiscation se situe à l’INES (Institut National de l’Energie Solaire), créé en 2006. Cet institut est sous la coupe du LITEN (Laboratoire d’Innovation pour les Technologies des Energies Nouvelles et les nanomatériaux). Ce LITEN est un laboratoire du CEA qui, lui-même en 2009, a été nommé CEAEA pour absorber la recherche sur les énergies alternatives
Parallèlement une catégorie de français augmente ses effectifs de manière exponentielle : ceux qui savent que sur leur toiture il est possible de faire de l’eau chaude en quantité et de fabriquer plus d’électricité qu’ils n’en consomment. C’est l’amorce d’une culture de l’énergie centrée sur l’énergie solaire au quotidien avec, à la clef des envies d’autonomie énergétique.
C’est un danger pour les marchands d’énergie. Il leur faut déployer rapidement leurs méthodes habituelles. En France, c’est la fuite en avant hight tech avec le LITEN. En Allemagne, banquiers et électriciens s’unissent pour le projet « Desertec » qui consiste à installer des centrales solaires à concentration dans le désert saharien pour faire fonctionner des machines à vapeurs fabriquant de l’électricité vendue en Europe. Au niveau mondial, le projet ITER qui, d’ici à 50 ans, doit créer un prototype de soleil artificiel qui alimenterait une gigantesque machine à vapeur. Si l’énergie solaire avait sa place dans notre culture, ce projet aurait engendré un éclat de rire qui aurait secoué la France entière : le soleil est à notre porte !
Nous sommes à un tournant dans la relation de l’homme à l’énergie : le soleil-énergie a été soustrait de notre culture depuis longtemps, le soleil fossile est en voie d’épuisement et les marchands d’énergie se tournent vers le soleil en flux. C’est le moment de reconquérir la gratuité du soleil au quotidien.
La limitation de l’utilisation de l’énergie solaire en flux viendra de la quantité de matériaux à utiliser pour la mettre en œuvre. Bientôt on ouvrira les anciennes décharges d’ordures pour en récupérer les métaux.
Il existe une piste essentielle pour vivre la gratuité de l’énergie solaire en ne monopolisant pas les matériaux, c’est le scénario énergétique de l’Association des Négawatt : sobriété – efficacité – renouvelables .

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